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AUX ORIGINES.
Les origines de Compostelle relèvent
davantage de la légende que de la réalité historique. Cette légende
s’est tissée à partir de quelques éléments donnés par la Bible,
enrichis d’apports successifs en ces premiers siècles du
christianisme où s’écrivaient les « Vies » des apôtres.
Dans
l’Espagne médiévale, saint Jacques, à cause de son surnom de « fils
Tonnerre »,
fut choisi comme patron de Reconquista.
De la Bible à la légende.
Dans les Evangiles, sur les bords du lac de
Tibériade, Jésus appelle les deux frères Jacques et Jean et leur
donne le nom énigmatique de « Boanergès » qui signifie « Fils du
Tonnerre ». S’agit-il d’évoquer leur tempérament de feu ? Sont-ils
appelés à devenir des foudres de l’évangélisation ? Est-ce pour
signifier que leur parole emplira le monde ? De fait, les deux
frères semblent avoir une relation privilégiée avec le déchaînement
des éléments : ils proposent à Jésus de faire tomber le feu du ciel
sur les Samaritains qui refusent de l’héberger, ce qui est pour
Jésus l’occasion de dire qu’il n’est pas venu apporter aux hommes la
mort, mais la vie.
Que dit encore la Bible de Jacques lorsque
son frère lui demande par l’intermédiaire de leur mère de siéger à
la droite et à la gauche de Jésus dans sa gloire. Ils assistent à la
Transfiguration et à l’agonie au Jardin des Oliviers. Dès le 1er
siècle de notre ère, les actes des apôtres ajoutent que le martyre
de Jacques est dû à Hérode, qui « supprima par le glaive Jacques le
frère de Jean ». De siècle en siècle, de textes en textes s’embellit
« l’histoire ».Ecrits à une date incertaine (IVè, Vè siècle ?)Les
Actes de saint Jacques montrent l’apôtre propageant la foi dans les
villes de Judée, pendant dix ans. Au VIè s.., le pseudo-Abdias, dans
son histoire du combat apostolique montre saint Jacques
convertissant le magicien Hermogène.
Jusqu’au VIIème siècle, personne ne suppose que saint Jacques soit
sorti de Judée.Le premier à émettre l’idée d’une mission
en Hibernie, ou Hibérie (ce qui désignerait plutôt l’Irlande que
l’Espagne) est précisément un Anglo-saxon, Aldhelm de Malmesbury
qui, dans un poème que saint Jacques « convertit le premier les
Espagnols à la foi ». Quel pays était dans l’esprit de Aldhelm ? On
ne sait. Toujours est-il qu’au VIIIème siècle, deux ouvrages
attribués (toujours aussi faussement l’un que l’autre) à saint
Jérôme et saint Isidore de Séville, le Bréviaire des apôtres et
Naissance et mort des Pères reprennent l’idée d’une prédication de
saint Jacques à l’extrémité de la terre, qu’ils situent à l’extrême
ouest du monde connu, que ce soit l’Irlande ou l’Espagne ne
changeant rien à cette direction : « Jacques, fils de Zébédée,
frère de Jean, prêcha l’Evangile en Espagne et dans les contrées
occidentales et versa la lumière de la prédication au coucher du
monde ». La légende s’enrichit progressivement pour arriver à ce que
racontent plusieurs pèlerins du XVème siècle : saint Jacques
débarque en Galice, à Pradón, où il est si mal accueilli qu’il se
retire sur les hauteurs rocheuses, poursuivi par les païens. Par un
premier miracle, il lui suffit d’appuyer son bourdon contre un amas
de rochers pour qu’ils s’ouvrent miraculeusement en une grotte
protectrice. Un autre jour de grande soif, ce même bourdon enfoncé
dans la terre fait jaillir une source, l’actuelle fontaine
Saint-Jacques, au pied des rochers qui dominent la ville. Découragé,
il rentre en Palestine, accompagné de quelques galiciens qu’il a su
convertir (deux, cinq ou neuf selon les légendes).
Mais il y a d’autres saints Jacques que celui de Compostelle.Les évangiles font mention de deux apôtres
que l’on distingue aujourd’hui en les nommant Majeur et Mineur.
Jacques le Mineur, évêque de Jérusalem a lui aussi été martyrisé,
précipité du haut du Temple et achevé par le marteau du foulon. On
lui a longtemps attribué la rédaction de l’Epître de Jacques, ce que
contestent certains théologiens actuels, en attribuant ce texte à un
troisième Jacques.
Au Moyen Age, les théologiens sont loin
d’avoir des opinions aussi catégoriques. Au VIème siècle, Grégoire
de Tours, tout comme la Bible d’ailleurs, ignore Majeur et Mineur et
voit l’un des apôtres comme Jacques le Juste l’autre comme le Frère
du Seigneur. Pour Michel le Syrien, patriarche d’Alexandrie au
XIIème siècle, c’est Jacques fils de Zébédée qui fut martyrisé par
le marteau du foulon, alors qu’on dit aujourd’hui que ce fut le
supplice réservé au Mineur. Au XIIIème siècle de Jacques de Voragine
dans La Légende Dorée, estime que Jacques le Mineur est le Frère su
Seigneur tant il ressemblait « à Jésus-Christ de figue, de vie, de
manière comme si ils avaient été deux jumeaux de la même mère ».
Quant à l’auteur de l’épître de Jacques, il
est souvent identifié comme le Majeur (voilà pourquoi il est souvent
représenté tenant un livre). C’est ce que dit au VIIIème siècle un
texte intitulé Naissance et Mort des pères : « Jacques, fils de
Zébédée, frère de Jean, quatrième dans l’ordre, écrivit aux douze
tribus qui sont dispersées parmi les Gentils », qui reprend presque
mot pour mot la première ligne de l’épître : « Jacques serviteur de
Dieu et du Seigneur Jésus-Christ, aux douze tribus vivant dans la
dispersion ». Au XIIème siècle, Compostelle souscrit totalement à
cette idée, puisque cette épître est lue et commentée au moment des
fêtes du 25 juillet, fête du Majeur. A la même époque, on retrouve
cette attribution au portail Saint-Gilles de Provence, par cette
phrase de l’épître gravée sur le livre que porte le majeur : « tout
don de valeur et tout cadeau parfait descendent d’en-Haut, du Pères
des lumières ». Guillaume Durand, au XIIème siècle dans son Rational
des divins offices considère également, mais avec prudence, que
Jacques le Majeur en est l’auteur car il écrit : « aucuns disent
ceste épître……….à saint Jacques le Majeur ». Et il n’est pas peu
surprenant de voir, encore au XXème siècle, cette épître citée en
Espagne comme parole du saint patron. Les fidèles quant à eux, au
moins jusqu’au XIXsiècle, honorent un seul et unique « saint Jacques
apôtre », se refusant à entrer dans ces querelles qui les dépassent.
Aux IXème et Xème siècles furent écrites la
légende de la Translation, puis celle de l’Invention du tombeau.
Plusieurs textes émergent, fabriqués, selon l’usage, en
s’appropriant des légendes qui circulaient en Orient ou en Occident.
Ils expliquent, avec des détails qui augmentent d’un texte à
l’autre, comment le corps de saint Jacques est arrivé à Padrón et y
a été enseveli. Au XIème siècle le récit de la Translation est
définitivement fixé : après le martyre, deux des disciples de saint
Jacques dérobent son corps et prennent place avec lui dans une
barque de pierre sans voile ni gouvernail. Guidés par la main de
Dieu, ils abordent à Padrón, nom qui signifie pierre (en galicien),
pierre où ils amarrent la barque, au fond de l’une des profondes
rias galiciennes. C’est en cet endroit que saint Jacques serait
arrivé lors de sa prédication. Le pays était encore païen, les
disciples ont maille à partir avec le roi et la reine mais leur
sainteté les fait triompher de mille dangers : un pont s’écroule
sous leurs poursuivants, le roi se convertit (ou meurt, selon les
versions), des taureaux sauvages deviennent domestiques et la reine
demande le baptême. Le saint est enfin inhumé.
L’arrivée du corps du saint ayant été
racontée dans la Translation, il convenait de retrouver son tombeau
afin de créer un sanctuaire où s’enracinerait la dévotion à saint
Jacques. Très tardivement, au XIème siècle, un texte mentionne les
circonstances de cette découverte. Longtemps auparavant «un ermite
nommé Pélage reçut des anges du ciel la révélation du lieu où se
trouvait le tombeau, non loin de l’endroit où il priait...Puis les
fidèles aperçurent les lumières qui indiquaient le lieu précis
(Compostelle). Alerté l’évêque D’Iria Flavia, Théodomir, décréta un
jeûne de 3 jours et trouva la sépulture de saint Jacques ». Peu
après, le roi Alphonse II (791-835) fit construire une première
église remplacée par Alphonse III (866-910) par une église plus
grande. L’archéologie semble témoigner de ce que Théodomir se serait
fait inhumer en 847 auprès de ce tombeau qu’il aurait donc cru être
celui de saint Jacques. Compostelle, sanctuaire politique,
grandissait en même temps que la royauté. Quant à Charlemagne, il
n’intervenait en aucune manière dans cette construction, même si, de
loin, il a eu les moyens de l’approuver...Sa légende naît seulement
au XIIème siècle.
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